La Chanteuse de Pansori



09/06/2013 14:00

Nantes Espace International Cosmopolis

La Chanteuse de Pansori

SYNOPSIS

Dongho, un homme d’une trentaine d’années, arrive dans une auberge de campagne. Il entend une chanteuse de pansori. Son passé lui revient. Il est encore enfant et orphelin de père, lorsque, Yubong, un chanteur de pansori, arrive dans son village accompagné de sa fille adoptive Songwha. Le chanteur tombe amoureux de la mère de Dongho, qui meurt peu après.
Une nouvelle vie commence alors pour Dongho. Yubong lui enseigne le tambour et à Songwha, le pansori. Ils parcourent la campagne et vivent des représentations qu’ils donnent.Mais après la guerre, leur vie devient de plus en plus dure, les gens ne s’intéressent plus à leur art désormais méprisé. Après une dispute avec Yubong, Dongho s’en va. Songwba refuse alors de continuer à chanter.Yubong la rend aveugle pour qu’elle perpétue le pansori à la perfection.
Poussé par le remords, Dongho part à la recherche de Yubong et de Songhwa. Il retrouve Songhwa, seule depuis la mort de Yubong, et l’accompagne au tambour, le temps d’une nuit, tandis qu’elle chante. A l’aube, ils se séparent.


À PROPOS DE LA CHANTEUSE DE PANSORI

Au début de 1993, La chanteuse de pansori sort sur les écrans de Corée du Sud. C’est à ce jour, le plus grand succès public coréen. IM Kwon-Taek cherche encore la réponse à ce succès :
« Trois millions de coréens ont vu Sopyonjé (I.a chanteuse de pansori). A Séoul,pendant six mois, on a vu les gens se presser devant les cinémas. C’est mon plus grand succès public, mais aussi le plus grand succès du cinéma coréen. Le pansori, c’est l’âme de la Corée. Mais c’est un art qui disparaît.Pendant les trente-cinq uns d’occupation japonaise, il n’était pas officiellement interdit, mais fortement réprimé, car les japonais cherchaient à détruire la culture coréenne. De plus, il entraînait des rassemblements que l’occupant redoutait. Après la guerre civile, la Corée du Sud n’est tournée vers la culture occidentale. Le pansori a décliné inexorablement.
Qui aurait pu prévoir le succès du film? Moi-même je ne m’y attendais pas, mais j’ai toujours fait des films en espérant qu’ils toucheraient un large public.Ce film, je voulais le tourner depuis toujours. Si je ne l’ai pas fait plus tôt, c’est uniquement que je n’avais pas trouvé l’actrice qu’il me fallait. J’ai découvert Oh Jung-hae…en regardant la télévision.Elle participait à un célèbre concours de beauté, à Choonhyang, qui exalte la femme aux yeux très bridés, aux manières réservées.Oh Jung-hae n’était pas seulement belle, elle était aussi étudiante en pansori. Le fait qu’elle ne soit pas doublée a sûrement contribué au succès du film.En Corée, on s’interroge évidemment beaucoup sur ce succès, lorsque j’ai tourné en 1985, Kilsottum, sur des problèmes que posent les retrouvailles de milliers de familles séparées par la guerre, c’était en pleine actualité puisqu’il ne se passait pas un seul jour sans que la télé n’en parle. Pourtant, Kilsottum n’avait remporté qu’un succès moyen, certainement inférieur à celui qu’il aurait aujourd’hui. Aujourd’hui, les gens aspirent de plus en plus à la réunification de notre pays.On suit de très près l’évolution de la réunification allemande. On revient aux sources. Il faudra attendre quelques années, mais on finira par comprendre les raisons du succès de la chanteuse de pansori.Quant aux spectateurs occidentaux qui aimeront mon film, ils auront compris, eux, le sentiment coréen…
-».


LE PANSORI

Dans l’ancienne Corée, davantage qu’en Chine ou au Japon, aucun lien n’existe entre la culture savante et la culture populaire. La première est dominée par le néo-confucianisme chinois, la seconde par le bouddhisme et le chamanisme autochtones. La langue littéraire de l’élite, écrite, est principalement le chinois, tandis que le peuple s’exprime en coréen.
Cette double tradition culturelle a permis la survie d’un art narratif oral distinct, appelé pansori, qui s’est développé au sein de la culture populaire jusqu’au 20cme siècle, où il a été absorbé dans la tradition littéraire écrite. Ce passage à la tradition écrite a permis la conservation de six des douze chants principaux que comptait, au 19ème siècle, le répertoire de pansori. Deux de ces chants, les plus populaires, – la chanson de Chunghyang et la chanson de Schimchung –ont été repris pour le film de Im Kwon-taek, sans modification des paroles et de la musique.
Pour traduire le terme de pansori (son” = chant, pan = aire de jeu, place du marché), on a employé, en Occident, l’expression “opéra à un seul acteur”.En fait, le pansori est un solo oral, dramatique, musical et en vers. La chanteur de pansori, appelé kwangdae, est donc un artiste complet. Accompagné seulement par un tambour, le puk, qui marque les divers rythmes à la main ou avec une baguette, il exécute alternativement des passages chantés et parlés. Il est tour à tour narrateur ou interprète d’un des personnages. Bien qu’il s’adresse parfois en aparté à son tambour, qui l’y incite, et qui lui offre l’occasion de reprendre son souffle, le kwangdae parle avant tout directement aux spectateurs qui peuvent manifester leur approbation. L’exécution complète d’un seul pansori prend jusqu’à huit heures, mais est, généralement, fragmenté au cours d’une journée.


COLORATION POÉTIQUE

On voit comment le chant antique se perd dans la foule de Séoul, plus sensible aux nouveaux musiciens ambulants qui jouent « Besame mucho ».La métaphore d’une coloration poétique proche des brumes cruelles d’un Mizoguchi dégage la silhouette bouleversante d’une autre Butterfly .La jeune fille, sacrifiée par le père qui la rend aveugle afin que sa voix reste son dernier lien avec le monde, attend sans fin le retour du jeune compagnon qui l’a abandonnée à la mortelle solitude du chant. Initié avec elle, au prix de mille privations, il l’avait accompagnée au tambour.
C’est lui le narrateur, rattrapé par son enfance à la faveur d’une rencontre dans une auberge de campagne. De là, ilpart à la recherche de son âme soeur envolée dans les immences espaces d’une terre dure et froide que traverse le souffle remarquable d’un Kwon-taek, qui équilibre son récit entre opéra et légende populaire. L’économie de mots laisse une large place au chant, afin que les accents gutturaux et déchirants de la chanteuse, indissociables des paysages profonds et solitaires, se fassent l’écho d’une identité perdue. Cette nouvelle fenêtre ouverte sur l’Asie permet la double découverte du pansori et du cinéma coréen.

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